Expressions Anciennes

On emploie souvent des expressions, sans en connaître exactement la signification, en voici quelques unes

A la queue leu leu

Cette expression signifie "l'un derrrière l'autre mais pourquoi ?. Le dictionnaire nous dit que "leu" est la forme ancienne de loup, et en ancien français, la préposition de n'était pas obligatoire. Il faudrait lire: la queue du loup le loup. Au moyen-âge, les loups étaient très nombreux et se déplaçaient en bande, ils couraient donc les uns derrière les autres. Comme ils suscitaient la peur, l'expression est restée à la quasi disparition de cet animal. Les enfants aimaient jouer à la queueleuleu: ils se tenaient par les vêtements et le premier de le file, devait veiller à ce que les joueurs ne soient touchés par aucun des suivants.

Autant en emporte le Vent

Cette expression mélancolique évoque l'aspect dérisoire des choses humaines; amours, ambitions, désirs....tout est promis à disparaître emporté par le vent.
Le poète François Villon, l'évoque dans une ballade:
"Princes à mort sont destinés
Et tous autres qui sont vivants
S'ils sont courroucés ou affligés
Autant en emporte le vent"
Mais nul n'a oublié le succès du roman de Margaret Mitchell "Gone with the wind" publié en 1939 et porté magistralement à l'écran avec les amours tumultueuses de Scarlett O'Hara et Rhett Butler en pleine guerre de sécession.

Avoir maille à partir

Au moyen-âge, la maille était la plus petite pièce de monnaie en circulation : il était impossible de la partager "partir". Vouloir la partager entrainait dispute, d'où le sens de l'expression, avoir un différent, être en conflit.

Avoir voix au chapitre

Le chapitre était l'assemblée des moines ou chanoines qui se réunissaient pour discuter de leurs affaires, et les moinillons, simples serviteurs, n'avaient pas voix au chapitre.
C'est donc avoir le droit d'exprimer une opinion, être consulté.

Un bachelier

De nos jours, c'est le lycéen qui a réussi avec succès les épreuves du baccalauréat. Au moyen-âge la signification était presque la même : c'était un étudiant titulaire du premier grade universitaire.
Au XIème siècle, le bachelier est un jeune noble, chevalier ou écuyer, qui sert sous les ordres d'un Seigneur plus âgé, et ce jeune homme doit faire ses preuves pour être désigné comme le digne héritier du fief paternel. Sans fortune, ce jeune homme doit redoubler d'efforts et de courage pour se trouver un puissant protecteur ou un riche beau-père.
Un bachelier est capable de tous les exploits.

Battre sa coulpe

Au moyen-âge, les hommes accordaient beaucoup d'importance aux gestes symboliques: les pénitents manifestaient leurs remords en se frappant la poitrine.
Et faute se dit "culpa", battre sa coulpe est donc se repentir.

C'est une autre paire de manches

De façon familière, c'est une "autre affaire"
Cette expression était très populaire au XVIIIème siècle, même si son origine vraissemblablement médiévale n'est pas démontrée.
Au moyen-âge, les manches n'étaient pas cousues, elles étaient ajustées au dernier moment: c'est ainsi que les Dames pouvaient remettre à leur chevalier, leur manche. Lors des tournois, le chevalier l'arborait à sa lance.


Chercher noise à quelqu'un

En général quereller quelqu'un pour peu de chose.
Noise signifiait: "querelle bruynate, dispute"
La Fontaine employait ce mot médiéval.

Une cote mal taillée

C'est une estimation approximative qui ne satisfait personne.
La cote, contrairement à ce que l'on aurait pu penser n'est pas une tunique (cote) mais un impôt du moyen-âge, taillée (répartie entre les contribuables). Le mécontentement pouvait donc coûter cher au sujet.

La cour des miracles

Dans notre Dame de Paris, Victor Hugo, décrit le lieu où se trouve son héros comme "un coupe gorge".
La cour des miracles, était située dans le quartier des halles à Paris: tous les brigands, estropiés, mendiants s'y retrouvaient, et la police n'en vint à bout que sous le règne de Louis XIV.
Le soir les estropiés du jour, guerissaient comme par miracle, d'où le nom du lieu.
Aujourd'hui, c'est un endroit sordide et pittoresque à la fois.

Courtois

Les chevaliers du moyen-âge étaient aimable, polis et courtois dans leurs sentiments. Il est indéniable que la femme à cette époque disposait d'une grande autorité et de droits qu'elle a perdu avec le temps. Le chevalier considérait sa Dame comme une maîtresse toute puissante, dont les désirs étaient des ordres !!!.
Pour plaire à sa Dame, le chevalier se devait d'être d'être patient, et surmonter des épreuves physiques et morales. Une telle abnégation n'était possible que pour les nobles ( à l'origine le mot signifie qui vit à la cour) qui avaient assez de temps libre.
Lancelot et le modèle type du chevalier courtois.

Crier haro sur le baudet

haro, haro" était le cri lancé au moyen-âge par celui qui se faisait voler sa bourse sur le marché : cela voulait dire qu'il fallait arrêter le voleur.
Haro veut donc dire que l'on manifeste son mécontentment vis à vis d'une personne, et qu'un châtiment est réclamé.
Pourquoi sur le baudet ? c'est l'animal qui représente la faiblesse, donc le coupable tout désigné, et tout cela grâce à une fable de La Fontaine !!!.

Dans son for intérieur

Ce for (sans t) qui désigne notre pensée intime, serait celui d'un tribunal.
Issu du latin, forum (place publique), for désigne au moyen -âge une juridiction ecclésiastique:
* on distinguait le for intérieur,où l'Eglise avait le pouvoir de sanctionner les fautes commises par la confession et les pénitences
* du for extérieur, où les affaires touchant à la religion étaient jugées par les tribunaux ecclésiatiques.
Au XVIIIème siècle, la signification évolue: le for intérieur désigne notre conscience tandis que le for extérieur représente les institutions.
Avec la dispariton des institutions, l'image juridique perd de sa valeur, pour ne laisser subsister qu'une notion de sentiment intérieur.

Découvrir le pot aux roses

Cette expression très ancienne, XIIIème siècle, ne trouve pas de signification quant au contenu de ce pot.
* rose serait la poudre dont se servent les dames pour se maquiller: trouver la boite supposerait que cette dernière n'ait plus de secret à cacher.
* les alchimistes cherchaient à découvrir les secrets de la matière pour la transformer en plomb et en or. Il serait possible que lors d'une manipulation la découverte d'une poudre ait pris le nom de rose, et le pot serait la cornue, drôle d'alchimie !!!

Etre sur la sellette

Jadis, la sellette, était un petit banc de bois sur lequel l'accusé s'asseyait pour y être interrogé par les juges. Ce banc était si bas, que l'accusé était dans une position inconfortable et humiliante.
Donc au sens propre comme au figuré, être sur la sellette, signifie se trouver en position inconfortable, et soumis à un interrogatoire approfondi.
La sellette fut abolie en 1789, mais survécut sous forme d'un jeu sous le Consulat.

Faire amende honorable

Au moyen-âge, les châtiments étaient publics pour servir d'exemple. Le coupable devait avouer sa faute: il faisait amende honorable.
De nos jours, il s'agit de reconnaître ses erreurs et de présenter ses excuses.

Faire des gorges chaudes

Se moquer avec plaisir et de façon méchante devant beaucoup de personnes.
l'expression vient du vocabulaire de la fauconnerie: les gorges chaudes étaient les petits animaux que l'on donnaient à manger vivants à l'oiseau de proie.
Avec le temps, la signification est devenue une compraison entre celui qui happe sa proie vivante et la méchante langue qui se régale des médisances.

Faire grève !!!

Au moyen-âge, les villes s'affranchissent tôt du pouvoir des seigneurs, même si la société y demeure très hiérarchiseée et les conditions inégales.
A Paris, les sans emploi, se réunissaient place de Grève (aujourd'hui Hotel de ville) et attendaient des offres d'embauche. C'était d'ailleurs sur cette même place que les condamnés étaient décapités !!!.
Faire grève, était être sans travail, au chômage......., à la fin du XIIIème siècle, les plus démunis commencèrent à se révolter contre les riches. Il y eut des émeutes et la grève naquit !!!.Ce n'est qu'au XIXème siècle que "faire grève" prend une connotation moderne.

Les fées

Les premiers contes de fées datent du moyen-âge, les romains eux croyaient à l'existence de nymphes, divinités des bois....Les fées sont belles, vivent près des sources et des rivières et peuvent s'éprendre de mortels.
Les hommes de l'antiquité croyaient aux Fata (fée) qui décidaient du sort des mortels. Elles étaient trois: Clotho filait le fil de la vie, Lachésis le déroulait et Atropos donnait la mort.
A la fin de l'antiquité, toutes les croyances se sont mêlées aux légendes venues de Bretagne et d'Irlande, qui parlaient de belles femmes , souveraines de royaumes surnaturels.
C'est alors que les poètes ont commencé à raconter de merveilleuses histoires.
* Mélusine aspire à vivre comme les mortelles et mener une existence de chatelaine.
* Morgane ou Viviane attire les chevaliers dans leur royaume.
Des fées ne subsitent que des expressions "c'est une fée" pour parler d'une femme charmante et habile ou bien "vieille fée" pour parler d'une vieille dame peu sympathique.

Jeter aux oubliettes !!

Les seigneurs peu scrupuleux, mettaient dans le sous sol de leur chateau, dans des cachots "oubliettes", les personnes dont ils voulaient se débarasser. Ces endroits ont laissé dans la population un souvenir terrifié.
De cette expression, il n'en reste que le sens figuré: les projets ou bonnes résolutions sont jetées aux oubliettes.

L'habit ne fait pas le moine !!

ce vieux proverbe, signifie qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Dans la société de l'époque, chacun devait avoir l'air de ce qu'il était: les costumes indiquaient le rang social. Tout avait une valeur: le tonsuré était clerc, celui qui se déguisait, commettait une véritbale usurpation d'identité.

Mettre sa main au feu

Affirmer quelque chose énergiquement au point d'y risquer sa main, on y retrouve les jugements de Dieu.
Cette pratique barbare, "ordalie" était utilisée pour permettre à un acccusé de faire la preuve de son innocence, en tout dernier recours. S'il sortait "indemne" de l'épreuve, c'est que Dieu le protègeait, et il était innocenté.
Iseult, la douce amie de Tristan, fut soumise au supplice du brasier,jugée coupable de tromperie, ce qui était vrai. Cette dernière usa de ruse et bien que plongeant ses bras dans le brasier, sa peau ne fut pas brûlée. Le chemin menant au brasier était si boueux que la reine demanda à un lépreux de la porter, et prononça le serment que jamais aucun homme ne l'avait touché sauf son mari et le mendiant. Le mendiant n'était autre que Tristan, mais l'amour ne pouvait que triompher ....

Monter sur ses grands chevaux !!

La société des chevaux était hiérarchisée, tout comme celle des hommes:
* le bas peuple travaillait avec des chevaux de labour, pour un chevalier, c'était un déshonneur de les monter.
* les dames montaient les chevaux de parade.
* les aristocrates montaient les chevaux de bataille ou destriers (le cheval était tenu de la main droite).La grande valeur de ces chevaux , faisait que le cavalier devait ménager sa monture car de la bonne santé de l'animal, dépendait lavie du cavalier. C'est pourquoi l'animal était monté juste avant le combat, au dernier moment.

Payer en monnaie de singe !!

Du temps où le pont qui relie l'ile de la Cité à la rue Saint-Jacques (petit pont) était payant, seuls les jongleurs qui avaient un singe, étaient dispensés du péage, à condition de faire le numéro devant le péager.
Livre des métiers du XIIIème siècle: si le singe est au joueur, jouer en doitdevant le péager, et pas son jeu doit être quitte.
De nos jours, payer en monnaie de singe, peut signifier payer en fausse monnaie.

Prendre des vessies pour des lanternes!!!

Une lanterne peut ressembler à une vessie (vessies de proc gonflées d'air ou vides), mais les confondre est une véritable méprise. En ancien français, vessie et lanterne avaient presque le même sens : une lanterne était un conte à dormir debout et une vessie une chose creuse, une bagatelle !!.
la bêtise de celui qui prend des vessies pour des lanternes, n'est pas de confondre les deux objets mais d'accepter une ânerie plutôt qu'une autre.

Promettre monts et merveilles!!

Faire des promesses mirifiques: au moyen -âge on promettait les monts et les vaux (vallées).Avec le temps les merveilles ont pris la place des vaux, en renforçant le sens du mot mont, très vieux français.

Taillable et corvéable à merci!!

Les charges qui pesaient sur les cerfs étaient lourdes et parmi elles, la taille, impôt du au seigneur, ainsi que les corvées,(travaux que les serfs résuisitonnés devaient effectuer pour ce dernier).
Aujourd'hui celui qui est taillable est celui qui est sans recours devant les corvées, cela a-t-il changé?



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